Terre de Pèlerins

Cette année, nous nous retrouvons à La Salette du jeudi 2 au dimanche 5 novembre.

Pour 2017 l’association Cinéma – Rencontres à La Salette en Isère a choisi d’intituler sa huitième édition des Rencontres Cinéma et Réconciliation : « Terre de Pèlerins ».

Il faut croire que ce festival est suffisamment mûr,  pour à partir d’œuvres filmiques, nourrir  une réflexion sur ce qui est le cœur même de la mission d’accueil du sanctuaire.

Aussi se demandera-t-on ce que peut signifier « être pèlerin » au XXIe siècle ? C’est bien sûr comme cela le fut pour les siècles précédents, une pratique religieuse par laquelle le croyant marque sa dévotion à Dieu. Une marque de dévotion qui exige de quitter le cadre de vie quotidien, de rompre avec ses obligations habituelles et de se mettre en mouvement.

Terre de PèlerinsLe seul fait de cette mise en mouvement répondra parfois à l’attente de l’homme qui se met en marche, et on a pu observer ces dernières années un regain d’intérêt pour une pratique profane du pèlerinage. L’homme pèlerin revêt alors, plutôt que la cape traditionnelle du pèlerin, les atours du marcheur qui s’adonne à un exercice d’hygiène physique et mental afin de renouer avec soi-même, de se retrouver, comme il est devenu courant de dire. Sans vouloir hiérarchiser les démarches, on regardera celle-ci comme une recherche légitime de bien être ou d’équilibre qui ne manquera pas sans doute de satisfaire aussi une quête spirituelle. Car c’est certainement la quête spirituelle qui est le dénominateur commun aux pèlerinages sous toutes ses formes.

L’étymologie du mot pèlerin renvoie à la notion d’étranger qui n’est pas citoyen romain mais qui jouit toutefois d’un statut d’affranchi, d’homme libre. Le nom de pèlerin prend ensuite le sens de voyageur, et au sens fort des chrétiens, de celui qui chemine de sa vie terrestre vers sa vie céleste.

Ce cheminement peut être volonté d’affirmer sa foi, de la porter, quasiment au sens de la mission, il peut aussi être désir d’affermir sa foi ou encore de lui donner sens. Autant de cheminements qui témoignent de la diversité des quêtes et recherches spirituelles qui animent le pèlerin dans ses pérégrinations.

Il y aussi le pèlerin qui part afin d’obtenir par sa piété une grâce, une guérison et voir ses prières exaucées. Et celui qui va rendre grâce ; merveilleuse action que de rendre grâce et de joindre dans le remerciement alacrité et louanges.

Enfin ce voyageur qu’est le pèlerin part tantôt seul, tantôt en groupe, selon que sa quête relève d’un besoin de liberté et de recueillement qui ne souffrira pas la contrainte sociale ou au contraire, qu’elle se nourrisse de l’appartenance à une communauté, apportant la force et l’énergie qui transcendent les hommes lorsqu’ils se rassemblent.

Terre de pèlerins

Vous l’avez compris, les regards que nous nous proposons de porter sur les hommes pèlerins, au cours de ces Rencontres Cinéma, seront loin d’en épuiser toutes les figures et d’autant que nous n’examinerons pas le seul terme de pèlerins.

Si terre de pèlerins, désigne la  planète en tant que peuplée d’homme de passage, en marche et en quête de liberté, elle ne renvoie pas moins à la question des lieux.

Le pèlerin qu’il voyage seul ou en groupe n’est pas dans l’errance et le pèlerinage ne se conçoit pas sans sa destination, sans une terre d’élection comme la Terre Sainte, la colline de Compostelle ou les lieux sacrés de La Mecque.

Par ailleurs dans le registre profane on parle parfois de pèlerinage lorsque l’on opère un retour vers le théâtre d’un événement que l’on commémore ou lorsque qu’on entreprend un voyage dans l’intention de se recueillir sur les lieux où a vécu quelqu’un de célèbre, voire où on a vécu soi-même autrefois.

terre de pèlerinsCe sont là des lieux de mémoire.

Terre de pèlerins s’entend aussi au sens de la quête de lieux à habiter, de lieux où se réaliser et où accomplir son destin d’homme.

Enfin, on entendra  terres de pèlerins, en tant que lieux de ressourcement, qu’espaces de lien sensible avec le divin, ou encore de jardin ouvert à une possible conversion. Souvent situés en hauteur, au faîte d’une colline ou au sommet d’une montagne, comme le sanctuaire de La Salette, cher à nos cœurs. Ces lieux saints qui font écho et résonnent avec maints passages de la tradition biblique, se chargent au fil des ans de toute l’énergie spirituelle que leur apporte ses visiteurs pèlerins.

Les sanctuaires et lieux de pèlerinages ont acquis cette force, qui prend au dépourvu le visiteur pèlerin, lui offre l’inattendu, voire  le frappe d’un irrésistible appel et qui peut susciter d’incroyables abandons.

Marc Koninckx